Sainte-Beuve

Publiés entre 1851 et 1862 et recueillant des articles parus principalement dans Le Constitutionnel entre octobre 1849 et août 1861, les quinze volumes des Causeries du lundi témoignent de l’engagement de Sainte-Beuve dans le journalisme littéraire. Le critique s’installe dans le rythme hebdomadaire qu’il tiendra jusqu’à la fin de sa vie. Il fidélise son lecteur dans un rapport régulier, le « lundi », et familier, la « causerie ». Le 1er octobre 1849, un message émanant de la rédaction du Constitutionnel formule le contrat qui lie désormais le critique à son lecteur : « M. Sainte-Beuve s’est chargé, à partir du 1er octobre, de faire tous les lundis un compte rendu d’un ouvrage sérieux qui soit à la fois agréable. » La double ambition toute classique du lundiste – instruire et plaire – se manifestera dans un genre ainsi créé, la « causerie », que le journal s’engage à « favoriser ».

            Les Causeries du lundi rassemblent environ 300 articles et conduisent le lecteur du Moyen Âge à l’époque romantique, de Villon à Balzac en passant par Pascal, Voltaire et nombre d’écrivains moins connus. Elles abordent aussi bien des penseurs, des historiens, des hommes de science, des hommes politiques, de grandes figures de l’histoire, des moralistes, des dramaturges, des romanciers, des poètes et des critiques. D’une semaine à l’autre, Sainte-Beuve suit le fil de l’actualité littéraire en même temps qu’il dresse un tableau de la littérature française, un tableau éclaté puisqu’il s’adapte à la sortie de presse des livres recensés, mais un tableau qui, en un peu plus de dix ans, couvre quatre siècles de littérature. Refondant le journalisme littéraire, l’auteur des Causeries du lundi compose aussi la première grande histoire de la littérature française.

L’annotation savante de ce corpus dans une hyper-édition numérique constitue le premier volet de ce projet : elle rendra accessibles et lisibles des articles qui n’ont pas été réédités depuis 150 ans. Tous les textes, numérisés, seront associés à des index répertoriant les noms, les œuvres, les lieux, les dates, les sujets, les thématiques, etc. Un système innovant de cartographie des résultats permettra d’effectuer des repérages préalables permettant de s’orienter dans les résultats afin de pouvoir interpréter ces derniers et de permettre l’extraction d’une sémantique du discours critique. Tous types de recherches pourront être directement lancées en ligne, permettant à un large public d’utiliser cette base de données.

Réunissant ses Lundis en volume après les avoir fait paraître dans la presse, Sainte-Beuve transforme occasionnellement son texte et, plus fréquemment, il ajoute des notes destinées à compléter l’information du lecteur. Notre premier objectif sera de fournir un texte établi conformément à la dernière édition revue par l’auteur ; le second de faire apparaître les variantes entre les différents états du texte. Les outils développés par le Labex Obvil, à commencer par MEDITE, permettront un traitement automatisé de ces variantes. Les phénomènes d’ajout, de suppression ou de déplacement sont traités par l’outil informatique et rendus à l’écran par un code de couleurs qui en facilite la lecture et qui permet l’étude génétique du texte, depuis les publications pré-originales dans Le Constitutionnel jusqu’à la troisième édition des Causeries du lundi chez Garnier frères (1862).

André Guyaux et Maxime Perret

 

Le porteur du projet est André Guyaux. Le projet est coordonné par André Guyaux, Aurélia Cervoni et Jean-Pierre Bertrand. L’équipe réunit Luna Albanesi (Paris-Sorbonne, doctorante), Jean-Pierre Bertrand (Université de Liège), Olivier Bivort (Université Ca’ Foscari de Venise), Michel Brix (Université de Namur), Aurélia Cervoni (Paris-Sorbonne), Dominique Coppée (Université de Namur, doctorante), André Guyaux (Paris-Sorbonne), Romain Jalabert (Obvil, post-doctorant), Marek Očenáš (Université Charles de Prague) et Maxime Perret (FMSH-Obvil, post-doctorant).

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