Fabula Numerica

Le projet Fabula numerica, projet hyper-éditorial d’humanités numériques à vocation évolutive et continue, a été conçu dans le cadre du programme Jouvences de la Fable du C.E.L.L.F.  (UMR 8599), en partenariat avec la Société des Amis de Jean de La Fontaine. Né d’une proposition de la thèse de Boris Donné (La Fontaine et la culture allégorique, 1998) à qui l’on doit également le nom du projet, Fabula numerica s’inscrit en effet à la fois dans le sillage des activités menées depuis 1988 par la Société des Amis de Jean de La Fontaine, dont les statuts prévoyaient la création d’un « Centre international de la fable », et dans la perspective des programmes d’étude dirigés par Patrick Dandrey au C.E.L.L.F. 16/18 depuis 1997 (« La Fontaine et la poésie française du XVIIe siècle » de 1997 à 2007, puis « Jouvences de la Fable, 1600-1750 » depuis 2007 – tous deux liés à la S.A.J.L.F.), qui s’étaient fixé entre autres objectifs la préparation d’une nouvelle édition des œuvres de La Fontaine. C’est cette double filiation qui a déterminé, pour partie, les deux ambitions du projet Fabula numerica.

Le premier objectif du projet consistera à établir pour chacune des fables du recueil de Jean de La Fontaine, en partant dans un premier temps d’un échantillon représentatif (les 22 fables du livre 1, publié en 1668), l’arbre généalogique du motif ésopique auquel elle se rattache, en faisant l’inventaire, depuis ses origines antiques jusqu’au recueil du fabuliste français, des versions répertoriables classées par familles ramifiées. Les centaines de textes ainsi recueillis pour chacun de ces motifs, dans toutes les langues et les sphères culturelles de l’Europe antique et ancienne (avec une ouverture, quand nécessaire, vers le domaine oriental) seront consultables en ligne sur le site : les versions seront classées et pourront être appelées à partir du « chef » de famille sous lequel seront répertoriées les variantes sous-jacentes, établies en format texte ou, quand les fables sont illustrées ou manuscrites et autant que faire se pourra, en mode image. Comme les interférences rendent à peu près impossible la détermination d’antériorités, de regroupements et de filiation fixes et indiscutables, un jeu d’appels réciproques et d’obliques devrait permettre de figurer les hypothèses d’arborescence sans les figer, selon un réseau de réciprocités et des renvois qui ne fixerait pas, comme les stemmata imprimés, une généalogie incertaine, mais établirait in præsentia et de manière dynamique la vie complexe et parallèle des divers réseaux. Ce que seule la dynamique de la consultation numérique peut incarner, au contraire de la version imprimée.

Le second objectif consistera à établir une hyper-édition numérique des Fables de La Fontaine, présentant simultanément les éditions originales en fac-similé, la possibilité de passer du mode image à un mode texte, avec différentes options : transcription diplomatique stricte, orthographe modernisée mais ponctuation et capitales respectées, modernisation plus franche du texte, notes visibles et notes de second plan, plus savantes, actualisables à volonté. Et, en arborescence, à partir de chaque fable, la tradition complète de toutes les versions de chaque sujet, renvoyant à l’autre partie du site indiquée ci-dessus, éclairée par une notice évaluant celles dont La Fontaine pouvait avoir connaissance, formulant les hypothèses sur ses sources principales et annexes, les hypothèses sur les versions de ces sources le plus probablement sollicitées par lui. S’y adjoindrait une courte bibliographie, évidemment évolutive, recensant les articles ou les portions d’ouvrages portant chaque fois sur la fable considérée, voire des extraits de ces études autorisant leur consultation in situ.

Quoique liés, ces deux objectifs constitueront deux volets distincts du projet Fabula numerica. À ce titre, il convient de ne pas surestimer l’importance du choix des Fables de La Fontaine à la fois comme répertoire des motifs ésopiques à explorer et comme terminus ad quem de l’inventaire de leurs versions. Il s’agit simplement d’un répertoire et d’une borne commodes pour commencer, mais l’enquête pourra, à terme, être étendue à l’ensemble des motifs ésopiques répertoriés dans l’index de B. E. Perry (Æsopica, 1952, nos 1‑725), voire aux motifs propres à la tradition orientale, et éventuellement être prolongée jusqu’à la fin du xviiie siècle. C’est dire que ces recherches sur l’arborescence des fables doivent d’abord s’envisager comme des contributions à l’histoire de la fable elle-même (antique, médiévale et moderne), dépourvues de toute perspective téléologique, et secondairement seulement comme des recherches auxiliaires de la critique des sources lafontainiennes. Il s’agit en somme de fédérer et de compléter les acquis des catalogues de motifs déjà établis et d’éditer de façon raisonnée les textes répertoriés, sans négliger, le cas échéant, l’importance de leurs illustrations.

Afin de mener à bien ces deux projets complémentaires, l’équipe conduira également en parallèle une entreprise d’édition systématique des recueils de fables européens antérieurs à La Fontaine. Ce projet annexe, de longue haleine, permettra de disposer peu à peu en mode texte d’un vaste corpus de fables qui pourra ensuite faire l’objet d’une analyse et d’une exploration informatiques grâce aux logiciels conçus par l’équipe A.c.a.s.a. du laboratoire Lip.6 de l’Université Pierre et Marie Curie, et devrait peu à peu contribuer à faciliter la réalisation des deux objectifs fondateurs du projet Fabula numerica.

À ces trois projets s’ajoutera enfin un quatrième et dernier volet : la constitution d’une base de données bibliographiques sur la fable ésopique et l’œuvre de La Fontaine, évidemment évolutive, conçue sur le modèle de la base de données des Archives de Littérature du Moyen Âge (ARLIMA, dirigées par Laurent Brun) et visant à recenser de façon exhaustive les publications afférentes au domaine de la fable.

L’ensemble n’aura pas vocation à être jamais définitivement achevé, sa mise en place progressive et son étoffement, ses corrections et ses améliorations dépendant des découvertes de la recherche et de l’avancée des travaux de ses acteurs, et l’ensemble du corpus se développant dans toutes les langues (à caractères non-latins également) et dans toutes les sphères culturelles où prospère la transmission à la fois écrite et illustrée de l’imaginaire gnomique. Le travail participera donc à un projet d’archives de la pensée gnomique auquel pourraient se joindre des sites semblables consacrés à la maxime, au proverbe, à la sentence, et généralement aux formes synthétisées, schématisées et formalisées de l’imaginaire, de l’éthique et de la pensée universelle.

Patrick Dandrey, Antoine Biscéré & Tiphaine Rolland

Le projet rassemble une équipe d’une trentaine de chercheurs destinée à s’étoffer encore, en France et à l’étranger ; il réunit plusieurs centres de recherche (CELLF, CRIMEL, CRRLPM, CEMA, Institut Ausonius, LIS) et fédère des chercheurs de nombreuses universités étrangères : Université de Leyde (Pays-Bas) ; Université Ludwig-Maximilian de Munich (Allemagne) ;  Universités suisses de Fribourg, Genève et Zurich ; Universités italiennes de Palerme, Trente et Turin ; Université de León (Espagne) ; Université Nouvelle de Lisbonne (Portugal) ; Université Bar-Ilan (Israël).

Si vous souhaitez participer à ce projet, n’hésitez pas à prendre contact avec nous en écrivant à l’adresse : fabula-numerica[@]outlook.fr

Pôle recherche 

Membres intérieurs. CELLF : Patrick Dandrey (Paris-Sorbonne), Boris Donné (Avignon), Alain Génetiot (Nancy) ; Delphine Amstutz (Paris-Sorbonne) ; Mathieu Bermann (A.T.E.R. Grenoble) ; Julien Bardot (É.D. de Paris-Sorbonne) ; Antoine Biscéré (É.D. de Paris-Sorbonne) ; Damien Fortin (É.D. de Paris-Sorbonne) ; Raphaëlle Longuet (É.D. de Paris-Sorbonne) ; Tiphaine Rolland (É.D. de Paris-Sorbonne) ; Éloïse Le Conte (professeur dans l’enseignement secondaire). CRIMEL : Céline Bohnert (Reims) ; CRRLPM : Jean-Charles Darmon (Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines). CEMA : Tovi Bibring (Bar-Ilan, Israël) ; Jeanne-Marie Boivin (Paris-Est-Créteil). Institut Ausonius : Chloé Laruelle (É.D. de Bordeaux Montaigne). Équipe LIS : Jeanne-Marie Boivin (Paris-Est-Créteil) ; Joana Casenave (É.D. de Paris-Est-Créteil/Montréal) ; Baptiste Laïd (É.D. de Paris-Est-Créteil).

Membres extérieurs. Teresa Araújo (Lisbonne) ; Armando Bisanti (Palerme) ; Paola Cifarelli (Turin) ; Federico Corradi (Guglielmo Marconi, Rome) ; María Luzdivina Cuesta Torre (León) ; Gert-Jan van Dijk (chercheur indépendant) ; Niklas Holzberg (LMU, Munich) ; Caterina Mordeglia (Trente) ; Ana Paiva Morais (Lisbonne) ; Stefan Schoettke (HEG Genève) ; Stefanie Seibold (LMU, Munich) ; Paul  J. Smith (Leyde) ; Richard Trachsler (Zurich).

Pôle informatique, technique et bibliographique

Membres intérieurs : Frédéric Glorieux, Vincent Jolivet, Éric Thiébaud.

Membres extérieurs : Frédéric Martin (Paris, BnF) ; Radu Suciu (Fribourg/Genève – Bodmer Lab.).

Liens vers les sites des projets connexes et/ou partenaires

 

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