Autorités en partage

Ce programme de recherches, comparatiste et transversal, se propose d’explorer les métamorphoses de l’autorité littéraire et leurs enjeux dans le passé autant que dans le présent. Les écritures participatives associées au numérique innovent, mais retrouvent aussi des pratiques anciennes, que le « sacre de l’écrivain » par la modernité avaient parfois fait oublier en imposant la figure d’un auteur unique et souverain. Il s’agira de voir comment la figure de l’auteur est construite et déconstruite dans ses représentations, et comment, sous quelles formes, l’autorité est ou n’est pas reçue, est ou n’est pas partagée entre les genres, que le mot soit compris au sens de genre sexué ou en référence aux formes et aux catégories de la littérature.

Ces recherches, dont la présentation est coordonnée par Véronique Gély, réunissent les comparatistes du CRLC et l’équipe angliciste VALE ; elles sont réparties en trois ensembles de travaux distincts :

1. Genre et autorité

La signature comme marque d’auctorialité est aussi inscription d’autorité – publier sous son nom, c’est assumer la responsabilité de ce qui est publié, c’est se donner pour une « autorité » et c’est aussi se donner pour celui qui peut autoriser l’usage fait de la publication. Nombreuses ont été et sont les stratégies de brouillage et de masquage de la signature, qui produisent des effets de brouillage de la figure de l’auteur et de son autorité. Qu’il s’agisse de pseudonymes, de faux noms, d’hétéronymes, ou de signatures partagées, c’est à partir de la question de la signature auctoriale, posée en termes genrés, que dans une perspective largement diachronique seront explorés ces partages et passages d’autorité, qui sont autant de mises en question du genre sexué et du statut de l’auteur. Voir le carnet de recherches http://genretautor.hypotheses.org/

Équipe :

« Genre et autorité » est coordonné par Frédéric Regard pour VALE et Anne Tomiche pour le CRLC. Participent aussi, notamment, Bernard Banoun (REIGENN, Paris-Sorbonne), Anne Berger (Paris 8), Alexandra Bourse (doctorante CRLC), Guillaume Bridet (Dijon), Thibaut Casagrande (doctorant CRLC), Anne-Isabelle François (Paris 3), Lucie Guiheneuf (doctorante, VALE), Jean-Louis Jeannelle (CELLF XVI-XXI), Martine Lambert-Charbonnier (VALE), Martine Lavaud (CELLF XVI-XXI), Johanny Moulin (Université de Provence), Timothée Picard (Rennes), Anne-Florence Quaireau (doctorante VALE), Martine Reid (Lille 3) Pierre Zoberman (Paris Nord).

2. Représentations de l’auteur

C’est d’un partage de l’autorité entre les arts, et au sein des genres et formes littéraires qu’il sera question ici, avec notamment les travaux coordonnés par Clotilde Thouret sur les mises en scène du personnage du dramaturge du XVIe au XXIe siècle, sur la figuration des relations qu’il entretient avec les acteurs, les commanditaires, le public, et, à travers ses discours, sur la pensée de la valeur du théâtre en pleine élaboration. Les travaux sur la représentation du peintre et de l’art pictural dans le roman du XVIIIe au XXIe siècle organisés par Bernard Franco chercheront les raisons d’une représentation privilégiée de l’écrivain en peintre, la conception de la littérature qu’une telle représentation induit par rapport à une littérature qui se représenterait, par exemple, à travers la figure d’un musicien, examinée, elle, par le groupe de chercheurs réunis par Stéphane Lelièvre. En retour, on verra aussi comment la bande dessinée, associée volontiers à une volonté de subversion et/ou à une valorisation de la marginalité, aborde la question de l’autorité en représentant l’auteur littéraire.

Équipe :

« Représentations de l’auteur » est coordonné par Bernard Franco au sein du CRLC, avec la participation notamment de Clotilde Thouret, Marthe Segrestin, Judith Sarfati Lanter, Stéphane Lelièvre, Véronique Gély et de nombreux doctorants et chercheurs d’autres équipes et universités.

3. Partages de l’autorité

L’histoire de la littérature, du livre et de l’édition imposent le constat que l’auteur en tant qu’individu sujet d’une œuvre singulière est loin d’avoir été le modèle unique et dominant, bien avant que le numérique et Internet ne suscitent un regain des écritures participatives et ne mettent en cause la propriété littéraire. Nombre d’œuvres sont nées d’un travail partagé, collectif ou continué, ne fût-ce que celui qui unit l’auteur et son éditeur. On s’intéressera ici aux différentes formes de création collective, d’écriture collaborative : auteurs signant à plusieurs un texte ; signatures plurielles dans les genres et formes qui impliquent la rencontre de deux arts au moins. On pensera aussi au cas des signatures « familiales », comme les frères Grimm ou Goncourt. Il s’agira encore d’explorer ce que devient la notion d’auteur dans le cas des œuvres continuées, traduites, corrigées par un ou plusieurs auteurs après une première création, dans le cas aussi des adaptations d’un art à un autre, voire de la confiscation que peut subir l’autorité entre un auteur et son traducteur, ou entre un « nègre » et celui qui signe l’œuvre. La mythographie depuis la fin du XVIIIe siècle, écriture palimpseste, en permanence continuée, aux signatures parfois effacées, parfois au contraire accumulées, sera un corpus d’étude privilégié.

Équipe :

« Partages de l’autorité » est coordonné par Véronique Gély au sein du CRLC, avec la participation de chercheurs d’autres équipes et universités, Glenn Most (SNS de Pise ; Chicago), Thomas Schmitz (Bonn), Ute Heidmann (Lausanne), José Manuel Losada Goya (Complutense de Madrid), Jean-Louis Haquette (Reims), William Marx (Paris Ouest, IUF) ; y sont associés des doctorants et étudiants : Alice Pfister, Marie-Pierre Harder, Cyril Gendry, Paule Desmoulière, Kelly Morckel, Loïse Lelevé, Caroline Dauphin, Georgios Meli, Marie-Agathe Tilliette, François Vassogne, Élodie Coutier.

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